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Raphael
Hotel de l'univers
Produit par
1- Libre service / 2- T'apporter mon amour / 3- Petite annonce / 4- Choisis ton camp / 5- On craindra plus les balles / 6- Ici tout va bien / 7- La meute / 8- Hotel de l'Univers / 9- Laisse faire / 10- Qu'on Est Bien Dans Ce Monde / 11- Cela Nous Aurait Suffi Si Tu Nous Avais Appris


2000 : nouveau millénaire, nouvelle ère, nouvelle génération d'artistes. De nouveaux noms vont fuser, et s'accrocher aux écoutilles des plus assidus. Damien Saez, Mickey 3D, ou encore Luke, posent discrètement mais surement leurs empreintes sur les sols de la scène française. Parmi eux, un jeune de 25 ans qui en paraît 17, à la coupe folle et au look débraillé, discret mais aux idées bien trempées : Raphael.
Hôtel de l'univers, titre à l'origine anecdotique, mais à la signification allégorique. C'est d'un hôtel parisien qu'il va s'inspirer ("hôtel de l'homme" au confort moderne), pour en faire la juste métaphore de l'existence : nous sommes tous les locataires de notre vie. La fragilité de celle ci, et le mal de la société, vont être les éléments porteurs de cet opus. Branchons les guitares, et plongeons dans les yeux charmeurs de Raphael, pour savoir ce qu'il a à nous dire, et ce qu'il y perçoit.
"Qu'on est bien dans ce monde" et ''laisse faire'' ouvrent le bal et revêtent à ravir la couleur de fond de l'album : ironie mordante et douces phrases au service d'une réalité à l'arrière goût piquant. ''La meute'', ou encore ''Hôtel de l'univers'' sont des peintures à double couches : belle surface, doux, calme et agréable, mais lorsque notre artiste gratte cette écorce de superficialité, on découvre l'envers du décor, pas tant gratifiant. Conformisme humain, et modernisation incontrôlée sont les sous couches fondatrices pointées du mot par Raphael. Il ne lésine pas sur l'athlétique impuissance des hommes face à ce "monde catastrophe". ''Choisis ton camp'' dépeint l'illusionnel sentiment de liberté de l'Homme, crédule liberté comme il le suggère discrètement quand il annonce " choisis ton cancer ". Cette dérision a le don d'exprimer subtilement ce qu'il pense de "ce monde moderne". Au delà de cette satinée satire, il manifeste sa crainte d'un point de vue plus sentimental. A travers "Libre service'' et "T'apporter ton amour", son persiflage (peut être pouvons-nous juste dire, son "constat" ?) perd du souffle pour gratter son écorce à lui, et y découvrir ses démons. Cette modernité va-t-elle atteindre ses amours et enrailler son quotidien ? Sa bulle va-t-elle être percée ? …
C'est par une fantaisiste ''petite annonce'' qu'il réalise et conclut qu'il est « seul dans ce monde […] dans cette vie »
A 25 ans, Raphael a toutes ses idées bien en place. La conformité, le manque d'unicité et le moule commun qui se fabrique aujourd'hui, sont les tourments de notre jeune insubordonné, bien qu'il ne clame pas -à juste titre- haut et fort, être contre ce progrès scientifique. Il ne cherche pas à manipuler les pensées, juste à brosser le lavis de la société donc il est le pion, et faire que chacun s'y retrouve. Guitares acérées et batteries au lourd poignet sont les fondements de cet opus, gardant l'énergie désirée et rappelant le relativisme véhiculé. Parallèlement à ça, il sait s'armer d'un simple piano et d'une ambiance beaucoup plus noire et pesante lorsqu'il aborde ses craintes intimes. Admirable osmose, et "rapport compulsif avec le son", font que cet opus agrippe nos pensées, et raisonne de manière subliminale dans nos esprits … Bon séjour à l'Hôtel de l'Univers.