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Madness
Oui Oui Si Si Ja Ja Da Da
Produit par
1- My Girl 2 / 2- Never Knew Your Name / 3- La Luna / 4- How Can I Tell You / 5- Kitchen Floor / 6- Misery / 7- Leon / 8- CIRCUS FREAKS / 9- So Alive / 10- Small World / 11- Death Of A Rude Boy / 12- Powder Blue / 13- Black and Blue


Il aura donc fallu attendre 2012 pour découvrir ce qui n'est jamais que le dixième album de Madness. Un pari que peu auraient osé prendre il y a dix ans à peine.
Après la folie des années '80, et des années '90 en mode plus que mineur qui semblaient annonciatrices de la mort définitive du groupe, le gang de Camden a fêté son retour en fanfare au beau milieu des noughties avec des Dangermen Sessions diaboliquement efficaces et une tournée triomphale. Un retour en gloire suivi d'un nouvel album, The Liberty of Norton Folgate, d'excellente facture, véritable ode à leur ville de Londres. Concert sur le toit de Buckingham Palace pour le Jubilé de la reine d'Angleterre et showcase sur un camion pour la clôture des Jeux olympiques s'ensuivirent, posant la question de savoir s'il restait vraiment quelque chose à prouver pour la clique historique du two-tone, déjà confortablement installée dans l'imaginaire anglais au panthéon des classiques british de la musique. La réponse semble affirmative, et c'est également la conviction de l'équipe de Cooking Vinyl, le label londonien (déjà responsable des retours en grâce d'artistes aussi variés que The Prodigy ou Marilyn Manson) qui sort ce Oui Oui, Si Si, Ja Ja, Da Da.
Une couverture – qui liste ironiquement les titres...non-repris lors du choix final - signée Peter Blake, l'artiste derrière la légendaire cover du Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles, et une invincible armada à la production, incluant Stephen Street (Blur, Kaiser Chiefs et les Smiths), Liam Watson (White Stripes) ou encore Clive Langer (Elvis Costello): l'équipe derrière ce nouvel opus ressemble fort à un Who's Who de la musique britannique.
Un titre, Oui Oui, Si Si, Ja Ja, Da Da, aussi tordu qu'intriguant, un premier single "Death of a Rude Boy" réussi et accrocheur dans la veine ska/pop si caractéristique des nutty boys et, au final, bon nombre de surprises : des trompettes mariachi sur "La Luna", une ambiance carrément disco sur "Never Knew Your Name", un nouveau bassiste, ou encore un pompage en règle fantastiquement réussi du "Tainted Love" de Gloria Jones sur un "My Girl 2" à l'intro sous forme de fête foraine, ce dixième LP tient franchement du pot-pourri et inclus quelques perles qui justifient, à elles seules, cette nouvelle sortie.
Si la griffe Madness reste partout présente, ce Oui Oui, Si Si, Ja Ja, Da Da semble surtout agglomérer toutes les différentes périodes de la vie du groupe, pour le meilleur et pour le pire. Certains morceaux semblent d'emblée (volontairement) datés là où d'autres gardent la capacité de démanger les guiboles au quart de tour. Une visite détaillée d'une façade moins connue quoique intrinsèquement familière de Madness, en quelque sorte.
Treize titres (et un remix inutile) donc, pour un résultat très certainement moins abouti que son prédécesseur, cette internationale du oui n'en contient pas moins quelques mélodies accrocheuses à défaut d'être toujours mémorables. Mais ce sont finalement souvent les paroles qui retiennent l'attention, de par leur réflexion parfois ironique sur l'âge et ses méfaits, qui montrent Suggs et ses potes bien conscients de leur position étrange à se retrouver là à se moquer d'eux-mêmes à travers leurs propres compositions. . Pour preuve, le ton quasi-paternaliste de "Kitchen Floor" ou un titre tel que "So Alive" qui évoque un sourire pincé et réaliste.
Il serait malhonnête de vouloir cantonner ce Madness dernier cru à un quelconque circuit rétro. Ce nouveau disque est en effet empreint d'une nostalgie assez touchante, qui ne peut s'expliquer uniquement par la longévité du groupe londonien. Un feeling somme toute logique pour une bande de potes qui traînent ensemble depuis près de 40 ans et qui nous livrent ici un recueil honnête, à défaut d'être sautillant comme aux meilleures heures du two-tone. Il y a néanmoins fort à parier que ce Oui Oui, Si Si, Ja Ja, Da Da saura trouver son public, à défaut de convertir une génération qui ignore tout des tonic suits.