
Gentle Giant
The Power and the Glory
Produit par
1- Proclamation / 2- So Sincere / 3- Aspirations / 4- Playing the Game / 5- Cogs in Cogs / 6- No God's A Man / 7- The Face / 8- Valedictory


Bien que la scène progressive locale soit très limitée durant la première moitié des 1970’s, les États-Unis connaissent un véritable engouement pour le rock progressif britannique dont les formations phares (et même les seconds couteaux) effectuent des tournées triomphales pour capitaliser sur des ventes honorables. La conquête de l’ouest – et du Midwest en particulier - reste synonyme d’une ruée vers l’or pour des groupes européens qui rencontrent en Amérique un public plus large à fort pouvoir d’achat.
Ainsi, en 1972, Gentle Giant réalise une très longue tournée en compagnie de Black Sabbath, avec une cinquantaine de date d’août à novembre et s’offre même un passage chez John Peel. Elle est suivie de nouvelles pérégrinations de février à mai 1973, alors que Capitol assure sa distribution sur place. Ainsi, il n’est pas étonnant que les États-Unis soient dans les esprits du groupe quand sonne l’heure de composer un nouvel album-concept. En effet, abordant les effets corrupteurs du pouvoir, The Power & the Glory semble être écrit en écho à la crise du Watergate qui fit chuter l’administration Nixon en 1974.
Comme pouvait le suggérer la très belle pochette, l’album aurait pu signifier le retour médiéval sur le plan musical. Loin s’en faut. "Proclamation" ouvre le récit sur une touche jazzy faite d’enroulages instrumentaux en contretemps et de chant en canon, puis glisse dans sa partie centrale vers un rock progressif exigeant et dissonant, avant de finir par une variation sur le thème initial. Pour conclure l’opus, "Valedictory" reprend les idées du premier titre de façon saturée et referme cet album-concept avec cohérence. Plus difficiles d’accès encore, le très heurté "So Sincere" dresse un dialogue volontairement bancal entre le chant et le violon, auxquels succèdent les claviers, puis "Cogs in Cogs" se veut être un concentré du savoir-faire du groupe qui peut parfois sembler partir dans tous les sens. Plus électrique et dominé par le violon, "The Face" assoie l’esthétique propre à Gentle Giant à laquelle il mêle des innovations sonores et mélodiques intéressantes qui le rendent vraiment dansant. Plus accessible bien qu’étrange dans ses sonorités, "Playing the Game" use de mélodies extrême-orientales qu’il associé à une seconde partie jazzy-canterburyenne. De même, "Aspirations" est enrobé d’une douceur camelienne qui lorgne vers un smooth-jazz éthéré – le lancinant "No God’s a Man" est quant à lui assez anecdotique.
En octobre 1974, soit un mois après la sortie de The Power & the Glory, Gentle Giant retourne aux USA mais paradoxalement, il ne laisse qu’une part congrue aux compositions de leur nouvel album – ce qui n’arrange pas leur relation avec Vertigo et favorise la transition vers Chrysalis. En outre, ce succès américain devait susciter une évolution esthétique propice à élargir son public, comprendre une simplification de l’écriture et une diminution des expérimentations, et ce dès Free Hand en 1975.
À écouter : "Proclamation", "The Face", "So Sincere"