
David Bowie
The Buddha of Suburbia
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1- Buddha Of Suburbia / 2- Sex And The Church / 3- South Horizon / 4- The Mysteries / 5- Bleed Like A Craze, Dad / 6- Strangers When We Meet / 7- Dead Against It / 8- Untitled No. 1 / 9- Ian Fish, U.K. Heir / 10- Buddha Of Suburbia


The Buddha of Suburbia, c’est d’abord un roman de Hanif Kureishi, auteur qui met en scène l’histoire d’un adolescent désenchanté par la vie en banlieue et la marginalité due à son homosexualité. Une histoire qui a tout de suite parlé à David Bowie, lui qui a passé son enfance à Brixton, dans le sud de Londres. Ainsi, lorsque Kureishi lui propose de mettre en musique son histoire, qu’il est en train d’adapter pour la télévision anglaise du début des années 90, Bowie accepte sur le champ. Ce qui éveille un tel intérêt chez la star, qui à cette époque lutte pour ne pas sombrer dans les abîmes du has-been, c’est probablement le fait que l’écrivain lui laisse carte blanche sur la composition. Il ne se serait pas contenté de lui demander les droits pour apposer "Changes" à son œuvre. David Robert Jones, qui a bien-sûr lu le livre, va donc s’en donner à cœur joie.
Le Bowie de cette ère là est à fond de la musique électronique, il vient en outre de dissoudre Tin Machine, son expérience hard-rock par laquelle il avait tenté de se dissimuler derrière une entité collective, et il n’a certainement pas raccroché avec son besoin d’innover. La bande-son du Buddha of Suburbia est donc conforme à cette image déroutante (et déroutée) que renvoie le major au travers d’une œuvre musicale qui n’a de cesse de se transmuter depuis alors plus de vingt ans. Y a-t-il une limite à la réinvention ? C’est la question que pose cet album plus proche de Black Tie White Noise, duquel il semble marquer la continuité, que de Let’s Dance, à dessein. En effet, il en est fini de l’époque où Bowie s’affichait dans la publicité au son de "Modern Love" et où il distribuait sa gloire à la consommation de masse. Tout ça a conduit à faire naître en lui un sentiment de vide duquel il ne s’est pas défait en 1993. En plus, l’éternelle question de la quête d’identité lui colle toujours à la peau, ou plutôt la lui décolle pour lui en faire enfiler toujours d’autres. C’est aussi ce que l’on retrouve à travers l’histoire de notre adolescent, aux prises avec ses propres conflits d’appartenance culturelle, entre Royaume-Uni et Pakistan, quartier populaire et upper middle-class.
Ce qu’il se passe sur l’album est un mélange entre ambiances électroniques froides, piano-bar et rock industriel, duquel se détache clairement l’éponyme, lequel est voulu comme le grand hymne du bouddha de la banlieue. Celui-ci, bien qu’il puisse sembler un peu kitsch au premier abord, nécessite une écoute approfondie afin d’en apprécier la langueur. C’est seulement là que l’on pourra en venir à regretter une production un peu surfaite, bien qu’elle s’inspire tièdement d’une gloire spatiale désormais révolue. Le texte lui, est plutôt fidèle à ce que souhaite relater Kureishi dans son histoire.
Après ce thème donc, on enchaîne directement sur un "Sex and the Church" pour le moins surprenant. Il faudra passer quelques titres pour arriver à quelque chose d’entraînant. Cette chose, c’est notamment "Dead Against It" qui nous réveille un peu par son caractère dance. Une dance étrange nous en conviendrons. Au-delà de ce qualificatif, un peu insuffisant bien qu’efficace pour décrire la musique de l’électro-Bowie, il est possible d’imaginer que ces ambiances déconvenues se mêlent parfaitement aux scènes de la série. Malgré cela, on se souvient facilement que cet "album" n’en est pas un tant l’ensemble est décousu.
Certains morceaux, comme "The Mysteries", se révèlent peut-être intéressants sur le plan anecdotique, celui-là pouvant évoquer les collaborations passées avec Brian Eno. Lequel ne manquera pas de faire son come-back sur l’album suivant, 1. Outside, en 1995. En tout cas, si l’on souhaite critiquer, amèrement ou pas, l’œuvre proposée par le Bowie des années 90, il est certainement déloyal de s’attaquer à une bande-originale. Même si cette dernière a le mérite d’être particulièrement atypique. Qu’attendre d’autre de l’artiste ? Il y aura toujours un "Strangers when we meet" pour nous faire rêvasser après quelques essais et ça ira bien comme ça. Dissonances et mélodies déconcertantes ne suffisent pas pour rejeter catégoriquement une œuvre. En écrivant ceci, je me rends compte qu’il m’est encore impossible de trancher : pour ou contre The Buddha of Suburbia ? La question reste en suspens mais ça n’a certainement pas été une révélation dès la première écoute. Il est difficile de juger une telle proposition indépendamment de l’œuvre globale à laquelle elle est rattachée, qui est celle de Kureishi. Sur le plan musical exclusif, il faudra sans doute s’armer d’un peu de courage.


















