
Crown Lands
Apocalypse
Produit par


Avant que l’univers n’advienne dans sa forme décrite dans Fearless (2023), il avait connu bien des péripéties cosmogoniques. Dans un premier temps, l’apaisement infini d’un monde encore indépendant du temps et de l’espace, avait été restitué sur deux EP en 2025, Ritual I et Ritual II. Ces intermèdes avaient permis à Crown Lands de s’essayer aux musiques du monde, notamment celles des Premières nations canadiennes dont ils tirent leurs racines, au profit d’une direction esthétique proche de Popol Vuh. C’était aussi l’occasion de mettre en avant, certes de façon surprenante, la nouvelle signature chez Inside Out, dernière étape de la montée en puissance d’un duo canadien prometteur, passé de Led Zeppelin à Rush en peu de temps avec une élégance et une inventivité folles.
Or, la paix n’est qu’une phase transitoire et Apocalypse marque la fin de cet âge d’or au son écrasant des instruments électriques et de la saturation, et dont la teneur épique est immédiatement affirmée par l’ouverture "Proclamation I" : la nouvelle odyssée progressive peut commencer.
L’album est construit en miroir de Fearless : cette fois-ci, les titres courts ouvrent le bal pour amener à la conclusion des dix-neuf minutes d’"Apocalypse", qui répondent aux dix-huit minutes de "Starlifter : Fearless Pt. II". Alors que ce dernier évoquait fortement "2112", "Apocalypse" parvient à maintenir l’influence de Rush tout en gagnant en personnalité et en homogénéité : les premières minutes, clairement inspirées par "Xanadu", semblent nous donner tort, mais les évolutions qui ponctuent la longue évasion témoignent d’une émancipation et d’une maturité conquises. Crown Lands a finement composé ses riffs et ses arpèges, tous remarquables, de même que ses démonstrations de virtuosité (parfois très Rush-iennes, reconnaissons-le), ses originalités (un petit passage au mellotron plutôt indie-rock des 90s) et son final grandiose. Peut-être conseillerait-on à Cody Bowles de travailler à une meilleure maîtrise de son chant, car sa voix impressionnante souffre parfois d’une légère fausseté lors de certains hurlements mais elle semble tout à fait perfectible.
Côté titres courts, les plus belles pièces sont sans aucun doute "Through the Looking Glass", très Greta Van Fleet dans son approche, bien que plus ambitieux dans sa réalisation et intense jusque dans don refrain, et "Blackstar" au groove hallucinant (les lignes de basse sont imparables). On pourrait y ajouter "The Revenants I", une pièce folk assez sobre et apaisé, dont un passage de flûte évoque immédiatement les deux opus de Ritual, ou encore "The Fall", au carrefour d’"Heart of Glass" et de "Run Like Hell" tout en étant plus épique que ces deux tires mis en comparaison (notamment au moment du solo, très maiden-ien). Finalement, seul "Foot Soldier of the Syndicate" paraît un peu moins solide que le reste : il reste un bon titre de hard-rock dans la veine des débuts de Rush qui, cependant, affiche les limites de Cody Bowles au chant.
Plus les écoutes s’accumulent, plus cet album m’apparaît comme étant brillant au point d’actualiser toutes les promesses formulées par le groupe depuis 2021 (White Buffalo). Non seulement Crown Lands parvient à affiner et à approfondir son identité avec un talent de composition et d’interprétions sans borne, mais encore il explore des sentiers neufs pour mettre au monde de nouveaux tubes et des fresques splendides. Une apocalypse certes, mais dans le sens de révélation.
À écouter : "Apocalypse", "Through the Looking Glass", "Blackstar"

















